jeudi 18 décembre 2014

Quand les toubibs font grève

La mobilisation ne fléchit pas malgré les ouvertures du gouvernement. Médecins généralistes, spécialistes, urgentistes présentent une longue liste de revendications. Tiers-payant pour tous, territorialisation de l’offre de santé sous l’égide des Autorités régionales de santé, délégation de la vaccination aux pharmaciens ou bien de la prescription anti-tabagique aux sages-femmes, relégation des cliniques au second plan... A en croire les médecins libéraux qui s’apprêtent à faire grève lundi jusqu’au nouvel An, tout est sujet à conflit dans le projet de loi Santé de Marisol Touraine. Le mouvement annoncé depuis septembre est en train de se durcir, malgré les ouvertures récentes de la ministre . Le gouvernement s’attend à une grève très suivie et n’espère plus l’arrêter. Tous les syndicats représentatifs de généralistes sont désormais mobilisés. Les spécialistes appellent aussi à cesser le travail, à l’exception du BLOC qui représente les chirurgiens-obstétriciens-anesthésistes. C’est la base qui pousse les médecins, et les revendications s’étendent bien au-delà de la loi Santé. «?Nous voulons que s’ouvrent au plus vite des négociations conventionnelles pour revaloriser la consultation de base, mais aussi les séances longues pour la prévention ou les pathologies chroniques?», explique Jean-Paul Ortiz, président de la CSMF, le premier syndicat de médecins. L’hôpital public lui aussi est touché, car certains praticiens ont décidé de se greffer sur le mouvement des libéraux afin de donner plus de poids à leurs propres revendications, qui n’ont rien à voir avec la loi Santé. Derrière leur syndicat l’AMUF, les urgentistes feront la grève du zèle , avec un brassard. Le SNPHAR-E, qui regroupe les anesthésistes-réanimateurs, demande de meilleures conditions de travail. Marisol Touraine a pourtant promis de rouvrir la discussion en janvier, et reporté l’examen du projet de loi par le Parlement au mois d’avril - en dépit des deux semaines de congé de l’Assemblée à Pâques. Elle a indiqué dans un entretien à «?Libération?» les sujets dont elle était prête à discuter : la place des médecins dans l’offre territoriale de soins ; la préservation de l’intégrité du métier et des garanties pour que le tiers-payant ne soit pas une usine à gaz et puisse être mis en œuvre progressivement. Reste un sujet non-négociable : l’interdiction des dépassements d’honoraires pour bénéficier du label «?service public hospitalier?», qui exclut de fait les cliniques. «?C’est le système qui a prévalu jusqu’en 2009, explique-t-on au ministère de la Santé. Cela n’a jamais empêché les cliniques de se positionner sur des missions de référence, comme la recherche et l’enseignement.?» L’objectif n’est pas de faire imposer par les cliniques des contraintes à leurs chirurgiens... mais plutôt de mettre en évidence la différence entre les hôpitaux publics ou à but non lucratif étiquetés «?service public?» et les autres.

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